La vermifugation du cheval a beaucoup changé. Fini le vermifuge donné « à l’aveugle » quatre fois par an à toute l’écurie : les recommandations actuelles, portées par l’ESCCAP (European Scientific Counsel Companion Animal Parasites) et relayées en France par l’IFCE, privilégient une vermifugation raisonnée, guidée par des analyses de crottins. Objectif : traiter les chevaux qui en ont réellement besoin, au bon moment, avec la bonne molécule. Voici comment bâtir un protocole clair, que votre cheval vive au pré, au box ou en pension.
Pourquoi vermifuger son cheval ?
Tous les chevaux hébergent des parasites internes. Un portage faible est généralement bien toléré par un adulte en bonne santé ; le problème commence quand la charge parasitaire augmente. Les vers irritent la muqueuse digestive, perturbent l’absorption des nutriments et peuvent provoquer des coliques, un amaigrissement malgré une ration correcte, ou des retards de croissance chez le poulain. Vermifuger ne vise pas à éliminer tous les vers, c’est illusoire, mais à maintenir la charge parasitaire sous un seuil acceptable.
Quels sont les principaux parasites du cheval ?
- Les petits strongles (cyathostomes) : les plus fréquents chez l’adulte au pâturage. Leurs larves s’enkystent dans la paroi intestinale ; leur émergence massive, souvent en fin d’hiver, peut déclencher diarrhées et coliques sévères.
- Les grands strongles : devenus plus rares, mais dangereux car leurs larves migrent dans les vaisseaux sanguins de l’intestin.
- Les ascaris (Parascaris) : parasites typiques du poulain, responsables de retards de croissance, de toux et parfois d’obstructions intestinales.
- Les ténias : transmis par un acarien de l’herbe, ils s’installent à la jonction entre intestin grêle et cæcum. Le risque augmente après une saison au pré.
- Les gastérophiles : leurs larves, issues d’œufs pondus sur les poils en été, se fixent dans l’estomac pendant l’hiver.
- Les oxyures : ils pondent autour de l’anus et provoquent des démangeaisons caractéristiques.
La pression parasitaire varie selon la région, le climat et la saison : les larves de strongles survivent d’autant mieux que l’herbe est humide et les températures douces, ce qui rend le printemps et l’automne particulièrement à risque dans la plupart des régions françaises. Un cheval au pré sur une pâture densément peuplée est en outre bien plus exposé qu’un cheval au box.
Quels sont les symptômes d’un cheval infesté par des vers ?
Un cheval parasité peut rester longtemps discret. Les signes d’infestation à surveiller :
- amaigrissement ou difficulté à maintenir l’état ;
- poil piqué, terne, mue difficile ;
- ventre ballonné, surtout chez le jeune ;
- coliques récurrentes ou épisodes de diarrhée ;
- baisse de forme, fatigabilité au travail ;
- toux chez le jeune cheval (migration des ascaris) ;
- queue frottée, crins cassés à la base : évocateurs d’oxyures.
Attention à ne pas tout attribuer aux parasites : un cheval qui frotte sa queue fait d’abord penser aux oxyures, mais si ces signes s’accompagnent d’une queue molle, de troubles urinaires ou d’une perte de sensibilité de la région, la piste parasitaire ne suffit plus. Ces signes neurologiques évoquent plutôt un syndrome de la queue de cheval et imposent un examen vétérinaire.
Quand consulter en urgence ?
Appelez immédiatement votre vétérinaire en cas de colique sévère (cheval qui se roule violemment, transpire, se regarde les flancs sans répit), de diarrhée persistante ou profuse, ou face à un poulain abattu qui ne tète plus. Ces situations peuvent engager le pronostic vital.
Beaucoup de chevaux fortement excréteurs d’œufs ne montrent aucun symptôme : c’est précisément pour cela que l’analyse de crottins est devenue la pierre angulaire du protocole.
Vermifugation ciblée vs vermifugation systématique : quelle approche choisir ?
Pendant des décennies, on a vermifugé tous les chevaux à dates fixes. Résultat : des résistances aux vermifuges sont apparues, notamment chez les petits strongles face aux benzimidazoles. Comme peu de nouvelles familles antiparasitaires arrivent sur le marché équin, préserver l’efficacité des molécules existantes est devenu un enjeu majeur.
La vermifugation raisonnée, recommandée par l’ESCCAP et l’IFCE, repose sur un constat : dans un groupe, une minorité de chevaux excrète la majorité des œufs. En identifiant ces « forts excréteurs » par coproscopie, on traite de façon ciblée et on ralentit les résistances. En pension, l’idéal est que tous les chevaux partageant les mêmes pâtures suivent le même protocole de dépistage : parlez-en à votre gestionnaire d’écurie.
La coproscopie : un outil clé du protocole
La coproscopie est une analyse de crottins au microscope qui compte les œufs de parasites, exprimés en OPG (œufs par gramme). En pratique :
- prélevez des crottins frais dans un contenant propre et déposez-les rapidement chez votre vétérinaire ;
- réalisez l’analyse 2 à 4 fois par an, hors des semaines suivant un traitement ;
- votre vétérinaire interprète le résultat : un faible excréteur peut souvent se passer de traitement, un fort excréteur sera vermifugé avec la molécule adaptée.
Limite à connaître : la coproscopie détecte mal les ténias et ne voit ni les larves enkystées de cyathostomes ni les gastérophiles. Le protocole conserve donc généralement un traitement de couverture en fin de saison de pâturage.
Quand faut-il vermifuger son cheval ? Le calendrier annuel
Pas de calendrier universel, mais une trame saisonnière à adapter avec votre vétérinaire :
- Printemps (mise à l’herbe) : coproscopie ; traitement ciblé des forts excréteurs contre les strongles.
- Été : coproscopie de contrôle ; retrait régulier des œufs de gastérophiles (petits points jaunes collés sur les membres).
- Automne / entrée d’hiver : période clé. Traitement de couverture visant ténias, gastérophiles et larves enkystées de petits strongles.
- Hiver : généralement pas de traitement chez l’adulte sain au box, sauf indication vétérinaire.
Le protocole s’allège pour un cheval au box sans accès à l’herbe, et se renforce pour les jeunes de moins de 3 ans, dont l’immunité se construit encore.
Comment vermifuger un cheval : mode d’emploi pratique
Un vermifuge sous-dosé est inefficace et favorise les résistances :
- Estimez le poids du cheval : ruban barymétrique, formule de calcul ou bascule. À l’œil, on sous-estime souvent.
- Réglez la seringue de pâte orale sur le poids réel.
- Vérifiez que la bouche est vide : un cheval qui mâche du foin recrachera la pâte avec sa bouchée.
- Déposez la pâte à la base de la langue, seringue insérée par la commissure des lèvres, puis relevez légèrement la tête quelques secondes.
- Surveillez que rien n’est recraché.
Des granulés à mélanger à la ration existent aussi, à condition de vérifier que tout est consommé. Lisez toujours la notice : précautions et délai d’attente y figurent.
Quels vermifuges choisir ? Tableau comparatif des molécules
| Molécule | Parasites principalement ciblés | Délai d’attente (ordre de grandeur) | Points clés et précautions |
|---|---|---|---|
| Ivermectine | Strongles (adultes et larves en migration), ascaris, gastérophiles, oxyures | De l’ordre de quelques semaines à un mois – voir notice | Large spectre ; inefficace sur les ténias et les larves enkystées |
| Moxidectine | Strongles, y compris larves enkystées de petits strongles, gastérophiles | Souvent plus long, de l’ordre d’un à deux mois – voir notice | Précieuse à l’automne ; prudence chez le très jeune poulain et le cheval maigre – avis vétérinaire indispensable |
| Pyrantel | Strongles adultes, ascaris ; ténias à dose adaptée | Généralement court, de quelques jours à quelques semaines – voir notice | Utile en alternance ; ne cible pas les larves en migration |
| Fenbendazole | Strongles, ascaris | De l’ordre de quelques jours à quelques semaines – voir notice | Résistances fréquentes des petits strongles ; à réserver aux indications validées par le vétérinaire |
| Praziquantel | Ténias | Selon la spécialité associée – voir notice | Souvent associé à l’ivermectine ou la moxidectine à l’automne |
Ces délais varient d’une spécialité à l’autre : la notice fait foi, et ils ne concernent que les chevaux non exclus de la consommation humaine. Surtout, alternez les familles de molécules selon les coproscopies et les conseils de votre vétérinaire, qui connaît les résistances observées localement.
Cas particuliers : poulains, juments gestantes, chevaux âgés
- Poulains : cibles privilégiées des ascaris, ils suivent un protocole spécifique dès leurs premiers mois, jamais un vermifuge « d’adulte » sans validation vétérinaire.
- Juments gestantes ou allaitantes : toutes les molécules ne sont pas autorisées pendant la gestation ; vérifiez la notice et demandez confirmation.
- Chevaux âgés ou immunodéprimés : coproscopies rapprochées et surveillance de l’état corporel.
- Nouvel arrivant en pension : quarantaine parasitaire. Coproscopie à l’arrivée, traitement adapté, quelques jours hors des pâtures communes après le vermifuge.
Mesures d’hygiène complémentaires pour limiter la réinfestation
L’essentiel du cycle parasitaire se joue dans la pâture :
- ramasser les crottins au pré une à deux fois par semaine : la mesure la plus efficace contre les strongles ;
- pratiquer la rotation des pâtures et laisser reposer les parcelles ;
- éviter le surpâturage : un cheval affamé broute ras, près des zones de crottins où les larves se concentrent ;
- limiter la densité d’animaux, curer régulièrement les box, retirer les œufs de gastérophiles en été.
Ce qu’il faut retenir
- La vermifugation raisonnée remplace le traitement systématique : on dépiste avant de traiter.
- La coproscopie, 2 à 4 fois par an, guide le choix et la fréquence des traitements.
- L’automne reste incontournable : ténias, gastérophiles, larves enkystées.
- Pesez ou estimez précisément le poids avant chaque administration.
- Ramassage des crottins et rotation des pâtures comptent autant que le vermifuge.
- Coliques sévères, diarrhée persistante, poulain affaibli : vétérinaire en urgence.
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